Égypte : couvre-feu sur le Caire
L'armée égyptienne a imposé un couvre-feu vendredi soir après des affrontements entre des manifestants et des soldats chargés de protéger le ministère de la Défense. Les manifestants dénoncent le gouvernement militaire et l'exclusion de candidats à l'élection présidentielle.
La foule de protestataires a lancé des projectiles et des insultes aux soldats défendant le bâtiment de la Défense. Ces affrontements rappellent ceux de mercredi, au même endroit, qui avaient fait 11 morts.
Les manifestants - partisans d'un candidat salafiste écarté de l'élection présidentielle - ont été repoussés par la centaine de policiers chargés de défendre le ministère de la Défense. La foule de protestataires avait franchi les clôtures de barbelés installées pour contenir la foule et protéger le ministère. Les manifestants ont répliqué en lançant des pierres aux soldats qui ont répondu avec des canons à eau.
Le ministère de la Santé a indiqué que 128 personnes avaient été blessées au cours des affrontements, dont 82 ont été transportées à l'hôpital. Les blessures vont de coupures à des ecchymoses en passant par l'inhalation de gaz lacrymogènes.
« La foule se présente avec des armes tranchantes alors que nous avons des bâtons, des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour les disperser », a déclaré un commandant de l'armée. « Certains croient qu'en tuant un soldat, ils iront au paradis. Que voulez-vous qu'on fasse? »
Les protestataires membres du groupe pro-démocratie « Le mouvement de la jeunesse du 6 avril » ont indiqué sur leur page Facebook qu'il se retirait du secteur d'Abbasiya, où se trouve le ministère de la Défense, en raison des affrontements sanglants. Ses membres se sont regroupés au centre-ville dans le but de revenir au ministère à la faveur de la noirceur.
Le conseil militaire a réagi en imposant un couvre-feu de 23 h vendredi soir à 7 h samedi matin, heure du Caire. L'armée « appelle tous les citoyens à respecter le couvre-feu, car les militaires réprimeront avec détermination ceux qui le transgresseront », explique le communiqué des militaires.
L'exclusion du candidat salafiste et du principal candidat des Frères musulmans pourrait donner un avantage aux candidats de l'ancien régime. L'exclusion de 10 des 23 candidats à l'élection présidentielle est perçue par de nombreux Égyptiens comme une preuve que l'armée tente de manipuler l'élection.
Les violences alimentent les tensions en Égypte, plus d'un an après la fin du régime d'Hosni Moubarak et à trois semaines de la première élection présidentielle libre du pays.
Les militaires, qui assurent la transition depuis la chute de l'ancien président Moubarak, le 11 février 2011, affirment qu'ils rendront le pouvoir aux instances civiles le 1er juillet prochain. Les manifestants doutent des intentions des militaires et réclament leur départ immédiat. Le général Al-Asar a déclaré, jeudi, que les militaires assureront l'intégrité et l'équité de l'élection présidentielle avant de se retirer.
L'élection est prévue pour les 23 et 24 mai, et les résultats sont attendus pour le 21 juin.
L'ancien président égyptien Hosni Moubarak a eu 84 ans vendredi. Il a célébré son anniversaire dans un hôpital du Caire où il est détenu. Il a reçu la visite de sa femme, Suzanne Moubarak, et de quelques proches. Hosni Moubarak a ainsi célébré son deuxième anniversaire en détention. Il subit un procès pour son implication dans le meurtre de centaines de manifestants au cours des 18 jours de soulèvement populaire qui ont conduit à sa destitution en février 2011. Plus de 800 personnes ont été tuées au cours de la révolution, dont plusieurs ont été abattues par les forces de l'ordre. Un verdict est attendu pour le 2 juin. Dans l'éventualité d'un verdict de culpabilité, M. Moubarak - l'un des plus puissants chefs d'État arabe au cours des 30 dernières années - se retrouverait dans le couloir de la mort. Par ailleurs, un acquittement pourrait provoquer un autre soulèvement populaire.




